Noces de Sang à la Folie Théâtre, par la Cie La Grue Blanche

La Compagnie La Grue Blanche joue une adaptation de Noces de Sang, de Federico Garcia Lorca, à la Folie Théâtre depuis début février. Une très belle pièce à voir !!!

 

Un mot sur l’auteur : Federico García Lorca nait près de Grenade dans une famille bourgeoise et libérale d’Andalousie fin 19ème. Il est l’un des initiateurs de l’art moderne en Espagne. Federico García Lorca s’intéresse à la poésie, à la peinture, à la musique et au théâtre mais avec des débuts difficiles. Après des voyages aux USA (il quitte l’Espagne à cause de son homosexualité), il revient à Madrid et à l’écriture théâtrale dans les années 30’s. En 1936, au début de la guerre civile, Federico García Lorca se rend à Grenade, où il se fera arrêté par un groupe de répression fasciste, l’Escuadra Negra. Il sera assassiné quelques jours plus tard.

Noces de Sang, est inspirée par un fait divers qui se déroule en 1928.

Contexte : L’histoire prend place dans le sud de l’Espagne dans un petit village au début du 20ème siècle.

Histoire : deux jeunes gens sont sur le point de célébrer leurs noces. Mais la fiancée a déjà été engagée quelques années auparavant à Leonardo dont la famille a tué le père et le frère de son fiancé. Au fur et à mesure, on s’aperçoit que l’histoire d’amour qui a uni Leonardo et la fiancée n’est pas terminée. La fiancée tente d’y résister et finit par épouser le fiancé mais c’est sans compter sur la passion qui la lie à Leonardo et qui refait surface lors du mariage. Ils décident de s’enfuir tous les deux et se font poursuivre par le fiancé exhorté à la vengeance par sa mère. Le fiancé retrouve le couple, les deux hommes se battent et s’entretuent laissant la mère et la fiancée seules face à leur tristesse et à leur culpabilité.

Adaptation par la Cie de La Grue Blanche :

Nous sommes ici dans une pièce très riche sur un plan théâtral à la fois tragédie (avec les codes de la tragédie grecque [chœur, passion et destin tragique]), drame (amour impossible, conflits sociaux et psychologiques), poésie avec des recours à des allégories (Lune, Mort), et usage de vers.

La nouveauté se fait dans l’usage de la musique (même si cela a déjà été le cas dans d’autres adaptations) avec des chants de tango, (chantés, joués au violon, à la clarinette) et du tango dansé. Le tango ici devient un personnage à part entière, il parle et joue, il permet à la fois de dire l’indicible, de rendre compte des émotions et de la gravité des situations mais aussi d’apporter une note de légèreté et d’humour. Le tango aussi, comme ultime levier de la dimension tragique, en la portant à son paroxysme lors d’un tango masculin représentant le combat à mort de deux hommes : un instant fort et impressionnant de la pièce. On est presque dans de la tauromachie métaphorique.

 

La mise en scène, quant à elle, est minimaliste mais efficace. Dès l’ouverture de la pièce, nous sommes emmenés dans l’univers de la campagne espagnole du début du 20ème siècle et dans cette histoire pour laquelle on pressent une fin tragique. Nous sommes en fait dans un retour aux sources avec l’usage des ressorts du théâtre antique.

Peu d’éléments sur scène, très peu de décor, des costumes sobres… L’utilisation d’accessoires assez simples et de masques (références à la fois au théâtre grec mais aussi à la Commedia dell’Arte) permettent aux comédiens de passer d’un personnage à l’autre avec une belle aisance et sans perte de rythme dans la pièce. En effet, seulement quatre comédiens jouent tous les rôles de la pièce et les trucs et astuces sont plutôt ingénieux ! La performance des acteurs à cet égard est à saluer ainsi que la qualité de leur jeu (petit clin d’œil à Romain Sandère qui porte des talons aiguilles vertigineux au début de la pièce J). Je salue également la prestation d’Hélène Hardouin pour son interprétation de la mère grincheuse, aigrie, amère, telle que sont les vieilles harpies espagnoles mais on y voit aussi une touche des personnages de vieilles dames d’Hayao Miyazaki (films d’animation japonais).

La mise en scène rend également grâce au texte de Lorca : le jeu des acteurs qui va crescendo au fur et à mesure de la pièce emporte le spectateur dans ce drame et sublime la musicalité du texte qui devient de plus en plus poétique et profonde. Même si la pièce est en français, on retrouve la musique de la langue espagnole et la lourdeur de la tradition de la société espagnole de l’époque.

L’amour et la liberté n’ont pas leur place. Les personnages sont enfermés dans des carcans et dès qu’ils s’en libèrent, ils en sont punis. D’ailleurs, les personnages ont peu de marge de manœuvre. Leur conduite leur est dictée par la pression sociale et familiale. Plus qu’une histoire d’amour, l’adaptation se centre sur une histoire de femmes, de deux femmes que tout oppose. Deux visions de la féminité s’entrechoquent : l’une très traditionnelle et l’autre bien plus moderne. Elles sont à la fois source et cause du drame, elles subiront chacune de façon indirecte les conséquences de leurs actes (soit en s’étant enfuie, soit en poussant à la vengeance) en perdant les hommes qu’elles aiment qui ne peuvent faire autrement que de se tuer. Les femmes en perdent du reste leur voix en évacuant colère et tristesse dans des cris silencieux impressionnants d’authenticité.

L’adaptation rend à la pièce de Lorca toute sa modernité et replace les problématiques abordées dans l’époque actuelle : la place de la femme dans la société, violence, conflits sociaux, et justice privée.

 

La pièce se joue jusqu’au 16/04 les jeudis, samedis et dimanches au théâtre de la Folie Méricourt. Il reste 12 représentations. Allez-y !

Laure

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